La réforme du secteur éducatif est enclenchée. Elle touche le calendrier scolaire qui est déjà en cours de transition ; elle concerne aussi les cycles et les disciplines à enseigner et leurs contenus. Parallèlement et dans cet objectif, des formations des enseignants sont dispensées, soit en continu pour ceux qui sont dans les instituts et écoles normales, soit en plusieurs sessions correspondant aux cinq périodes de vacances scolaires pour ceux qui sont en activité. Mais jusqu’ici la langue d’enseignement demeure diffuse et incertaine.

langue d'enseignement à Madagascar

Certes, dans le premier cycle de trois (3) ans de l’éducation fondamentale, il est clair que la langue maternelle locale est de rigueur. Mais dans le second cycle dont la durée est identique et dans les cycles suivants, la langue d’enseignement n’est pas précisée. La langue nationale et le français sont-ils utilisés en fonction des enseignants ou des disciplines ? D’après les responsables ministériels successifs, on apprend le français dans le second cycle de l’Education fondamentale ; comme langue de communication ou comme langue d’apprentissage et d’évaluation des connaissances et de l’intelligence des jeunes malgaches scolarisés ?

Là est le problème ! Car ces dernières années, en raison du recul de la maîtrise du français par les jeunes, il est facile pour les parents, les professeurs, les patrons d’entreprises et les recruteurs dans les diverses instances des entreprises et des institutions gouvernementales, de déclarer inaptes les postulants à un poste qui ne parlent pas le français « fluently », correctement et sans fautes. On dit même que c’est l’enseignement en général qui a beaucoup dégringolé.

Ayant été témoin direct de la situation de jeunes de la « génération takamoa » (takamoa c’est l’ampoule) et de leurs performances au niveau de l’expression française écrite et orale, force est d’avouer que c’est plus que du charabia, c’est la confusion totale. Aujourd’hui c’est pire pour les jeunes qui n’ont pas fréquenté des établissements scolaires d’expression française ou du moins des établissements scolaires privés confessionnels de renom. C’est le calvaire aussi bien pour le correcteur qui imagine tout le mal du monde pour l’étudiant que pour celui-ci qui doit rédiger son mémoire en français et le soutenir dans la langue française. En tout cas, au niveau de l’expression française orale et écrite, c’est lamentable. Molière ne s’y retrouve guère et Jean Joseph Rabearivelo y perd son latin.

Ceci pour dire que pour avoir accès à l’enseignement universitaire universel et académique, beaucoup de jeunes malgré leur diplôme de baccalauréat sont sanctionnés non pas sur le plan des connaissances et du savoir-faire ou de leur intelligence de la matière étudiée, mais parce qu’ils ne parlent et n’écrivent pas le français correctement. Pour ceux qui sont admis aux concours d’entrée dans les universités publiques, des professeurs recommandent des cours de mise à niveau de leur français.

Evidemment il ne s’agit pas d’accuser les enseignants ou les apprenants mais d’attirer l’attention sur la place de la langue dans l’évaluation des connaissances. Il s’agit d’interpeller l’opinion, les législateurs et les décideurs politiques sur la place de la langue malgache dans la vie de la nation et dans le cursus des jeunes dans leur scolarité.

Un mémoire de fin d’études est très rarement présenté dans la langue malgache sauf dans la filière Malagasy à l’université. Et encore faut-il admettre qu’un Siméon Rajaona n’a pas écarté l’usage du français, de locutions et d’idiomes en séance de soutenance de mémoire ou de thèse.

Madagascar est une île et ne peut ignorer les langues étrangères. Madagascar fait aussi partie des pays membres de la Francophonie. Madagascar a été sous domination française pendant près de 60 ans. Nos élites sont majoritairement francophiles et francophones. Mais ils sont de plus en plus nombreux ceux à avoir étudié et vécu ailleurs, au Japon, en Allemagne, en Indonésie, au Vietnam, en Russie, en Suisse, en Norvège et aux Etats-Unis. Ils sont convaincus de l’intelligence et des performances de leurs compatriotes malgaches partout où ils travaillent. Mais ils tombent en admiration devant les performances économiques de ces pays. Ils ne manquent pas d’éloges non plus devant les progrès technologiques et les capacités d’innovation des jeunes de ces pays qui ont fait de leur langue leur langue d’enseignement. À beaucoup d’égards l’usage d’une autre langue que celle nationale ou locale pour évaluer les connaissances et intelligences des élèves constitue un handicap majeur dans l’épanouissement de ceux-ci.

À notre avis, l’enseignement des langues étrangères devrait demeurer uniquement comme langues de communication. À charge pour les formateurs, enseignants et autres professeurs de transmettre les connaissances acquises dans la langue nationale ou maternelle des apprenants. Une fois que ces apprenants envisagent d’autres horizons culturels ou professionnels, qu’ils se soumettent aux exercices nécessaires comme ceux des « volontaires américains » qui séjournent à Madagascar. Ou comme les missionnaires de l’église luthérienne qui, avant de servir à Madagascar, effectuent un séjour à Lausanne en Suisse et s’y imprègnent des cultures et langues. En tout cas, les étudiants malgaches de l’époque soviétique avaient dû eux aussi se soumettre à des obligations similaires pour être en mesure de poursuivre leurs études dans toutes les disciplines dans la langue russe.

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